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Histoires à doigts - Explication

Les Histoires à Doigts,
des récits à portée de main

 Les Histoires à Doigts font partie depuis toujours du répertoire des conteurs : ce sont des récits courts, où les mains évoquent, par leurs postures et leurs mouvements, comme des “marionnettes naturelles”, les événements de l’histoire. Petit Escargot dort sera représenté par un poing fermé, Il fait beau dehors (derrière, l’autre main se lève comme un soleil)…
Ce mode narratif fait vivre en quelques instants, par une articulation simple entre la parole et le geste, un récit complet qui a ses personnages, son parcours, son sens, et sa portée émotionnelle. Les mains, en passant comme des acteurs d’un personnage à l’autre, (la main qui représentait le soleil va représenter l’instant d’après, le nuage) acquièrent une dimension un peu magique : c’est l’acte de métamorphose par le jeu de l’imaginaire.

 Ce genre se situe au carrefour de deux familles : les Comptines, et les Jeux de Doigts. Elles sont un spectacle en miniature :  brièveté du récit, concision et clarté de l’action, proximité et intimité entre celui qui raconte et son auditoire… Ce sont des histoires à portée de main… les mains de chacun.

 Les Histoires à Doigts nourrissent plusieurs dimensions du développement du jeune enfant, et tout d’abord, son sens de l’observation et de l’interprétation.
Elles sollicitent en effet, chez l’enfant à qui on les raconte, une attention plurielle : pour entrer dans le récit, il doit faire converger en lui les décodages de deux langages, l’un oral, l’autre gestuel, et comprendre en finesse ce qui les réunit dans une même narration. Dans cette phase-là, les Histoires à Doigts requièrent et stimulent des compétences très proches de celles convoquées par les albums de jeunesse, qui placent spontanément l’enfant à l’endroit où l’image dialogue avec le texte pour faire avancer le propos. C’est en cela qu’elles peuvent facilement se glisser dans une séance de lecture, entre les albums, pour faire une respiration récréative.

 Quand l’enfant commence à s’approprier les Histoires à Doigts, s’ouvre alors pour lui tout un chantier d’explorations multiples : psychomotricité, synchronisation de la parole et du geste, usage métaphorique des mains, sens du récit et de la fiction…
Concernant l’acquisition des clés du récit, on peut voir que tous les éléments de base sont ici réunis : structure de la narration, découlement (succession logique des actions), distinction des personnages, évocation des lieux…

 En psychomotricité fine, on peut remarquer la dissociation des deux mains, distinctes et complémentaires, chacune évoquant un personnage ou un élément du décor, avec une précision du geste dans sa forme et dans l’espace. Les Histoires à Doigts recrutent aussi un sens du rythme et du climat : pour que chaque personnage et chaque action soit reconnaissable, l’enfant est invité à explorer des dynamiques diverses et une expressivité variée de ses mains : la souplesse du brin d’herbe, la rigidité de l’arbre, la lenteur de l’escargot, la légèreté du papillon… allant jusqu’à des concepts abstraits comme le temps qui passe, par la représentation manuelle du soleil qui se lève ou de la nuit qui tombe. Au-delà d’une simple illustration de la parole, ces chorégraphies modestes mais précises, apportent des éléments nécessaires à la compréhension de l’histoire, et donnent des indications du comment se déroule l’action, selon les qualités du geste (vif, lent, brusque, aérien…)

Mais si tout cela n’était que pour développer des capacités, l’ambition en serait bien limitée. Ce qui fait la grandeur des Histoires à Doigts, c’est que toutes ces compétences sont mises au service de l’expression d’une sensibilité et de la part poétique que chacun porte en soi.

Ce mode d’expression invite à une relation fictionnelle entre soi et ses gestes : c’est une partie bien réelle de son propre corps qui va servir pour l’enfant de support à cette fiction, où les personnages se font et se défont à la vitesse d’une illusion. C’est une dimension métaphorique du corps. Et par la diversité des Histoires à Doigts, et de leurs langages gestuels propres, les modes de représentation sont multiples : du figuratif au très “transposé” invitant à une lecture relative et toujours renouvelée du geste et de son sens.

 Les Histoires à Doigts prennent les enfants par la main, pour les faire cheminer sur les routes du récit et de l’imaginaire.

Le papillon s’envole à la fin de l’Histoire à Doigts, à l’école publique de Kg Chhneng (voyage au Cambodge).

 

Ralph Nataf  

Arple février 2011




Public concerné  Ces stages s’adressent aux éducateurs, personnels de la petite enfance, assistantes maternelles, enseignants, bibliothécaires, parents, etc. 

Animateur : Ralph Nataf

Coût du stage 775 € par module de 6 heures, 430 € la demi-journée (3 heures).

Places limitées : 12 personnes