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Chaque mois, un petit coup de chapeau à quelques livres que nous aimons.

Les analyses sont tirées de nos sélections parues ou à paraître.


Décembre 2009

BOYNE John
Le Garçon en pyjama rayé
Traduit de l’anglais
Gallimard Jeunesse 192 p. 9,50 €

 Singulière amitié que celle de ces deux garçons de 9 ans qu’un hasard capricieux a fait naître le même jour. Bruno et Shmuel vivent à Hoche-Vite. Ni l’un ni l’autre ne savent vraiment pour quelle raison eux et leur famille sont venus dans cet endroit reculé, loin de leurs amis. Tous deux se sentent tristes et solitaires. Tout semble les séparer, à commencer par cette interminable barrière si haute et toute hérissée de barbelés que Bruno observe de sa fenêtre et derrière laquelle il aperçoit une foule étrange d’hommes et de garçons en pyjamas rayés. Parti en exploration malgré l’interdiction formelle de ses parents, Bruno a découvert Shmuel assis par terre derrière cette clôture. Depuis, chaque jour, les deux enfants se retrouvent là. Leur perception de la réalité est bien différente et devrait les opposer. Pourtant le dialogue s’est noué, une amitié est née, si précieuse que chacun accepte de l’autre ses différences et ses incompréhensions. D’ailleurs, que pourrait comprendre Bruno à la vie de Shmuel, fils d’un petit horloger juif de Cracovie? Bruno est un gentil garçon, très sérieux et très raisonneur mais les raisonnements sont vains quand on ne sait rien de la réalité du monde, rien non plus du métier de Père, si ce n’est qu’il porte un bel uniforme et qu’on l’appelle Commandant. Mère dit que c’est un « un homme à suivre, un homme exceptionnel pour lequel le Fourreur a de grands projets » qui ont obligé la famille à quitter le confort de leur belle maison berlinoise. Père et Mère n’attendent de lui que stricte obéissance et parfaite politesse, toute question est inopportune et restera sans réponse. Bruno sent bien qu’il faut taire cette amitié et personne ne saura rien lorsqu’il décide de se glisser sous la barrière pour partir en expédition aux côtés de Shmuel, vêtu du pyjama rayé que lui a déniché son ami. Main dans la main, Bruno et Shmuel marchent vers leur destin…
 La naïveté de Bruno, témoin candide d’un massacre qu’il ne peut soupçonner, son regard innocent sur la barbarie nazie sont la grande force de ce récit d’où toute violence est exclue. L’Horreur reste indicible. L’écriture limpide, parfois répétitive comme une ritournelle, plonge le lecteur dans un climat étrange, presque serein, dont on sort bouleversé devant la monstrueuse absurdité de l’Histoire. John Boyle a choisi de nommer « fable »  ce roman, peut-être pour nous le rendre plus supportable mais n’est-ce pas aussi le pouvoir des fables de nous tendre un miroir où mieux nous regarder pour en tirer des leçons afin que nul n’ait plus à douter des derniers mots de ce récit : « Rien de semblable ne pourrait plus jamais arriver. Pas de nos jours » Les lecteurs les plus âgés trouveront très vite les réponses aux questions que se posent en vain nos deux héros. Les plus jeunes entreront peut-être dans cette histoire avec le même regard neuf que celui de Bruno et devront partager leur lecture avec un adulte pour exprimer leurs émotions et trouver les explications souhaitables.

A partir de 10-11 ans et pour très longtemps.

page 2, 3