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Nous avons aimé

Chaque mois, un petit coup de chapeau à quelques livres que nous aimons.

Les analyses sont tirées de nos sélections parues ou à paraître.


Janvier 2010

   Albums

John BURNINGHAM

Le Cadeau de Noël de Gaston Grippemine

Père Castor Flammarion. Rééd. 2009. (Sélection N°38, p.11)

 Triste constatation en rentrant épuisé de sa tournée : le Père Noël a oublié un cadeau au fond de son sac. Celui d'un petit garçon qui risque de ne rien recevoir d'autre car ses parents ne sont pas bien riches, et qui habite loin, très loin, tout en haut du Mont Briochon. Courageusement Père Noël se remet en route et dans une folle équipée (en avion, jeep, moto, ski, cordée d'alpiniste) il répare son oubli. Aussi épique sera le retour. Après tant de péripéties, on aspire à savoir quel était le cadeau, mais John Burningham abandonne le lecteur dans une pirouette-suspense : « Je me demande bien ce que c'était », tout en lui prouvant que le Père Noël n'oublie jamais personne.
 
La beauté expressive des illustrations mêlant habilement, comme à son habitude, différentes techniques (plume, crayon, encre, peinture) enchante autant que la conscience professionnelle du Père Noël ! On se réjouit de cette réédition : les enfants se moquent un peu du calendrier (certes Noël est déjà loin) et se régalent de cet album tout au long de l’année.

Antony BROWNE
Une autre histoire.

Kaléidoscope. 2009. 15 €. (Sélection N°38, p.12)

En ouverture, une grande et belle maison jaune. Puis deux mondes, deux histoires, deux traitements graphiques vont s'interpénétrer pour une relecture contemporaine de Boucle d'or. Page de gauche, de petites images, format photographie sépia sans texte montrent une fillette qui se perd dans la ville, trouve la porte entrouverte de la maison jaune, y entre, vide le petit bol de porridge, casse la petite chaise, s'endort dans le petit lit. À droite, en pleine page, les trois ours, famille de la maison jaune, dessinés d'un trait minutieux et léger rentrent d'une promenade au parc et s'indignent des dégâts constatés.
Le croisement se fera quand les personnages glisseront d'un monde à l'autre : à gauche les trois ours de face considèrent sévèrement l'enfant vue de dos, chevelure flamboyante au premier plan. À l'inverse, dans le monde coloré des ours, la petite fille vue de face les regarde, affolée. Petit ours à la fenêtre la voit s'enfuir dans la rue.
Huit petits encadrés pour traverser pluie, neige, vent et enfin, guidée par la lumière se jeter dans les bras de maman. Ouf, pas de texte, donc pas de commentaire moralisateur pour boucler ce conte.
La construction rigoureuse, le point de vue narratif du petit ours et la dernière image mordorée qui fait exploser la gamme des bruns mettent ce conte à la portée des plus jeunes qui sauront en lire l'image tandis que les plus grands se reconnaîtront dans un univers urbain qui parfois fait peur.

 

Christian DUDA, ill. Julia FRIESE
Tous ses petits canards

Éditions Être. 2008. 16,90 € (Sélection N°38, p. 31)

 Il a faim ce renard, mais il a raté la cane et doit se contenter de l'œuf qu'elle couvait. « MamanMaman » s'écrie toute joyeuse la petite boule de plumes jaunes, « Non ! Papa » murmure interdit Konrad dont le ventre gronde en permanence car il s'interdit d'avaler un si minuscule caneton qui ne saurait le rassasier. Et voilà comment Konrad élève un canard au lieu de le manger. Que faire quand son fils Lorenz (il a bien fallu lui donner un nom) tombe amoureux d'Emma ? Et tous ces œufs qui éclosent ?
 
L'humour se glisse dans le décalage permanent entre les projets culinaires de Konrad et l'obligation qu'il se donne d'attendre : que le caneton ait grandi, qu'il se lasse d'Emma, et situation pire encore pour lui, alors qu'il rêve œufs brouillés au persil, c'est lui qui montre aux parents ignorants comment couver ! Le texte s'efface parfois complètement pour laisser la narration aux images. L'illustration mêle crayonnés (qui parfois se superposent pour mieux traduire le mouvement), peinture et papiers découpés.
 
Un régal pour tous à partir de 7/8 ans.

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