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Janvier 2010 suite

Romans

Karim RESSOUNI-DEMIGNEUX ill. Monike Czarnecki
Je ne pense qu’à ça
Rue du monde (Roman du monde). 111 p. 10, 50 €

Pour Ismaïl cette année-là c’est une horrible année : celle de sa puberté. Son nez a grossi, il a des boutons blancs, des points noirs et des poils qui le grattent, il ne pense plus qu’à ça. « Une puberté qui démarre à 13 ans, c’est pas possible » s’exclame sa mère « Eh, nous les arabes, on n’attend pas pour ces choses-là » a répondu son père qui est marocain.
 Et voila qu’en classe Amin, un copain, le traite de pédé. Au lieu de répondre du tac au tac Ismaël s’enfuit, maintenant il est catalogué ; l’apostrophe lancée comme une blague devient le socle d’une moquerie cruelle à répétition. Ismaïl habite dans un immeuble aux cloisons « en papier » où tout s’entend, se sait, se partage, aussi connaît-il la vie privée de leur voisine, son professeur de français qui est lesbienne. Entre elle et ses parents s’est construite une amitié, et l’adolescent pour se faire bien voir de ses copains l’a trahie en se mêlant aux ragots, en brodant même autour. Pourtant ce sera elle qui le tirera de la spirale de mensonges, petits vols, désespoir et cauchemars dans lesquels il s’enfonce.
 Ecrit à la première personne dans un style direct, ce court roman aborde avec justesse les troubles que peut ressentir un adolescent et les interrogations qui le hantent. Il redéfinit clairement et simplement ce qu’est l’homosexualité. La légèreté des nombreuses illustrations discrètes et expressives aère ce texte enlevé, bien fait pour intéresser les garçons et même les filles.
 À partir de 11-12 ans. 

Michael MORPURGO, ill. Michael FOREMAN

Kaspar le chat du Grand Hôtel

Trad. de l'anglais.

Gallimard Jeunesse, 2009. 208 p.
12,50 €. (Sélection N°38, p. 74)

   Et si les chats noirs contrairement à ce que l'on dit portaient bonheur ? Ou comment un chat, mais pas n'importe lequel, Kaspar Kandinsky, le prince des chats, permit à un jeune orphelin, groom dans un grand hôtel londonien, de susciter l'affection d'une célèbre diva russe, de connaître l'amitié d'une petite Américaine, indépendante et chaleureuse, de s'embarquer enfin pour New York, et pas sur n'importe quel bateau, sur le Titanic.

   Avec un grand talent de conteur, beaucoup de tendresse et une touche d'humour, Michael Morpurgo nous entraîne à la suite de Johnny Trott et de ses comparses. Les fines aquarelles de Michael Foreman contribuent au charme du récit.

9/10 ans.

 

Karen LEVINE

La Valise d'Hana

Trad. de l'anglais

Flammarion (Castor poche), 2009. 192 p. 5,70 €. (Sélection N°38, p. 81)

En 1998, à Tokyo, s'ouvre un musée pour faire découvrir aux enfants du Japon ce que fut la Shoah. Fumiko, la jeune femme responsable de ce projet, pense qu'il faut du concret pour sensibiliser les enfants. Elle ira elle-même à Auschwitz et recevra un colis contenant une valise portant l'inscription : Hana Brady, 16 mai 1931. Ce livre est l'histoire alternée de la famille Brady qui jusqu'en 1939 vit tranquillement en Tchécoslovaquie et de Fumiko qui soixante ans plus tard cherche des souvenirs de la petite fille. Les Brady sont des gens heureux ; Hana a un grand frère, Georges, qu'elle adore ; ils sont juifs, non pratiquants, et ne se sentent pas concernés par ce qui se passe en Autriche, pourquoi s'en prendrait-on à eux ? Mais leur pays est envahi, on commence par leur imposer l'étoile jaune, puis c'est le début des rafles, les arrestations. Pendant deux ans, père, mère, enfants sont ensemble dans le même camp, mais au moment d'être transférés ils sont séparés et on ne reverra jamais Hana. Grâce à sa ténacité, Fumiko apprend que Georges, le seul survivant, vit au Canada. En 2001, celui qui est devenu un vieux monsieur se rend à Tokyo où il retrouve avec une intense émotion la valise de sa petite sœur.

Cette histoire bouleversante est une histoire vraie et l'exposition « La Shoah vue par les enfants » continue de circuler au Japon.

Un très beau livre à partir de 11 ans et pour tous.

 

Isabelle PANDAZOPOULOS

On s'est juste embrassés

Gallimard (Scripto). 2009. 155 p. 8 €. (Sélection N°38 p. 109)

Aïcha a 15 ans, vit seule avec sa mère, se croit coupable du départ de son père et ne sait pas qui elle est. Tout juste sait-elle que ses grands-parents, venus en France il y a 80 ans, étaient Algériens. Fragile, dépressive, sa mère refuse tout dialogue. Elle ne dit rien de son passé, rien de son mari, rejette tout de ses origines, se désespère que la population du collège soit aussi mélangée. Aïcha ne doit pas fréquenter ces « gens-là ». C'est pourtant parmi eux qu'Aïcha se sent heureuse, auprès de son amie Sabrina et de son grand-frère Walid dont elle est certaine d'être amoureuse depuis qu'un soir ils se sont embrassés. Toute sa vie bascule lorsque Walid laisse se répandre la rumeur qu'ils ont couché ensemble. Injuriée, méprisée de tous, rejetée par Sabrina, Aïcha sèche les cours, se réfugie dans les livres avant de fuguer avec Koto, celui qui l'aime en secret depuis si longtemps, le seul qui la respecte. C'est avec son aide qu'Aïcha part à la recherche de ses origines, fait la connaissance de sa famille, découvre son histoire et conquiert enfin son identité. Niée, étouffée par les silences, les mensonges et les lâchetés, Aïcha mène un combat difficile dont elle sortira victorieuse, traçant son chemin avec courage. L'avenir, enfin, lui appartient.

Une écriture dynamique. Une héroïne attachante. Un premier roman bouleversant.

À partir de 13 ans

 

Magnus NORDIN

La Princesse et l'assassin

Trad. du suédois

Rouergue (doAdo noir), 2009. 255 p., 13,50 €. (Sélection N°38 p. 110)

Nina et ses parents déménagent fréquemment ; c'est nécessaire pour le travail de son père qui adore sa fille unique « ma princesse » ; sa mère alcoolique et dépressive ne quitte plus la maison. Il faut que Nina fasse son trou au lycée. Poussée par son professeur de suédois, elle fait la connaissance de Lenita qui se révèle une fausse amie, de Markus qui habite près de chez elle et avec qui elle travaille. Un soir, Markus qui rentre chez lui voit une voiture heurter un arbre ; en sort un homme couvert de sang, c'est le père de Nina. Le lendemain, on découvre un jeune homme assassiné, meurtre qui ressemble fort à celui d’un garçon, un an auparavant, retrouvé dans le coma dans une déchetterie, drogué et poignardé, crime jamais élucidé.

Markus ne sait pas quoi faire, faut-il prévenir la police ? Et voilà le lecteur embarqué de fausse piste en fausse piste auxquelles se mêlent des secrets de famille. Une intrigue bien menée, des personnages attachants pour ce thriller haletant à partir de 13 ans.


MURAIL Marie-Aude

Papa et maman sont dans un bateau

L’École des loisirs (Médium), 2009. 295 pages, 11 €

Marc et Nadine sont dans le bateau de la vie quotidienne sur le point de chavirer. Estéban le voit bien avec ses yeux d'enfant intelligent. Tout autour de lui est robot, maman surmenée, papa toujours au bureau, appareils ménagers toujours détraqués, jusqu'au jour où une panne générale signera la fin du monde. Seul papa peut résister. En effet, Marc, directeur d'une agence de transport routier, est un patron atypique, protecteur, courageux, admiré, au charme fou et mène bien son agence. Mais l'entreprise est rachetée par les Hollandais qui décident une restructuration au nom de la rentabilité. Marc résume bien la situation nouvelle : « c'est le merdier ».

En feuilletant par hasard le magazine Psychologies, chacun est attiré par la photo de la yourte de Mongolie. Elle absorbe les angoisses d'Estéban malmené à l'école à cause de sa petite taille, concrétise l'envie de liberté de Marc, le désir d'aller de l'avant de Charlie, la fille aînée friande de mangas qui voudrait se fuir et fuir le monde étriqué de son collège. Et pour Nadine, parfaite maîtresse de maternelle, cette yourte c'est l'évasion. Dans la période de doute qu'elle traverse, le jour où on lui dit qu'elle doit licencier Jules, trois ans et demi, elle  improvise le déroulement de sa classe, signe suprême de rébellion. C'est bien la panne générale mais Marc a la solution. Il démissionne et se lance dans le commerce des yourtes qu'il va chercher en Mongolie, pays des grands espaces où toute la famille ira en vacances.

Ce roman aborde des sujets d'actualité de façon très vivante et montre avec beaucoup d'humour et de lucidité les limites et l'absurdité de notre société dont on a tous besoin de s'évader un jour. 

Pour tous à partir de 13 ans.

page 1, 2


 

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